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Channel: Le manuscrit médiéval ~ The Medieval Manuscript
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Yvon Lomme, un libraire et copiste breton, « demourant a Paris » (ca 1400)

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Dans la liste des copistes bretons dont nous avons fait dernièrement un premier état, figure Yvon Lomme un libraire / copiste, attesté à Paris dès 1392. C'est  cette année-là, le 19 octobre, qu'il acheva un bréviaire en deux volumes à l'usage de Saint-Victor de Paris (Paris, BnF, Lat. 14279) pour le président de la Chambre des comptes, Jean Pastourel, conseiller de Charles V :

Explicit istud breviarium ad usum ecclesie seu Ordinis s. Victoris prope Parisius positum in duobus volum. Et fuit scriptum per manum Yvonis Hominis ad mandatum et expensas revmi dni mei et M.M. Iohannis Pastorelli (1) dni nri regis Francie consiliarii et presidentis camera compotorum. Et fuit completum die sabbati 19 die m. oct. a. d. 1392. Et sciatis pro certo quod predictus Yvo fuit optime solutus de suo vino. Anima solventis requiescat cum illo qui sine fine vivit et regnat quod Deus concedat. Omnis homo Pater noster dicat. Amen. (f. 414)

V. Leroquais, Bréviaires, III, 255. Colophons, 12121.

(1) Jean Pastourel, seigneur de Groslay près Montmorency, conseiller du roi et président de la Chambre des comptes, anobli en 1354. Sa femme, Sédile de Sainte-Croix (+ 28 mars 1380) fut inhumée en la chapelle de la Sainte-Trinité de la basilique de Saint-Denis. Lui-même avait obtenu de Charles V le privilège d'y reposer, en considération de ses services. En définitive, il le fut à l'abbaye Saint-Victor de Paris où il finit ses jours en y prenant l'habit religieux (+ 18 novembre 1395).

Louis d'Orléans (1372–1407), second fils de Charles V, bibliophile reconnu, fit commande auprès d'Yvon Lomme de plusieurs ouvrages liturgiques pour ses chapelles des églises parisiennes de Saint-Pol et de Saint-Eustache, travaux documentés par ses livres de dépenses :

(20 avril 1399)
Autre despense pour l'estorement desdictes chapelles
A Yvon Lomme libraire demourant à Paris pour un messel à l'usage de Paris par lui fait et livré pour la chappelle que MdS le duc a de nouvel fait faire en l'église de Saint Pol à Paris xlv liv. t.
A lui pour un autre messel pour une chappelle que MdS a fait faire en l'église de Saint Eustace xl l. t

Paris, Archives nationales, K 265. Laborde, Ducs de Bourgogne, 3, 184, n° 5902 et 5903 - R. H. Rouse & M. A Rouse, Manuscripts and their makers, 2, p. 141. Celle de Saint-Eustache était en construction : il donne "deux mil frans d'or pour continuer en l'ouvrage de certaine chapelle qui a esté ordonnée estre faicte et fondée par mon seigneur pour le salut de son ame en l'église parochial de Sainct Eustace de Paris".


Eglise Saint-Pol [ source ]

En 1407, Yvon Lomme acheva un missel à l'usage de Saint-Maur-des-Fosssés (Paris, Bibliothèque Mazarine, ms 415) à la demande d'Hugues Moulin, procureur du couvent de saint-Eloi de Paris :

« Cy fine ce Messel, à l'usage de l'abbaye de Saint-Mor des Fossés, lequel messel fist faire et escrire très-honorable homme et discrète personne, messire Hugues Moulin, doyen de Saint-Merry de Linays et procureur du prieur et convent de l'église Saint-Eloy de Paris, lequel messel fust escript par la main de Yvon Lomme, Breton, à la requeste dudit messire Hugues, et fust parescript et complet le jeudi IIe jour de juing, l'an mil quatre cens et sept. Se il vous plaist, vous prieres pour les deux dessusdis, qu'en la fin leur doint Dieu paradis et aussi à tous leurs bons amis. Amen. »

Description sur CALAMES -


© Paris, Bibliothèque Mazarine - Images dans Liber Floridus

 
Yvon Lomme copia également un exemplaire (44 f. : 435 x 325 mm) du traité pseudo-aristotélicien "Le livre des moeurs du gouverment des seigneurs", appelé les Secrets des Secrets, De secretis secretorum sive De regimine principum vel regum vel dominorum, dans la traduction du clerc Philippe (de Tripoli ?). Il s'agit du manuscrit Paris, Ecole des Beaux arts, coll. Masson Inv. 75 : au f. 44 : Explicit ... Deo gratias. Yvon Lomme.


© Paris, Bibliothèque des Beaux-Arts. Mas 75.

Biblio :Notice des dessins, enluminures, manuscrits d'art français du XIIe au XVIIIe siècle tirés de la donation Jean Masson, Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, 1927, n°19. L'Art graphique au Moyen-Age : exposition de dessins, manuscrits enluminés, gravures et incunables conservés dans les collections de l'Ecole et tirés en majeure partie de la donation Masson, Paris, Ecole des Beaux-Arts, 1953, n°28. Colophons, 12122. Manuscrits datés, I, 211. F. Wurms, Studien zu den deutschen und lateinischen Prosafassungen des ps.-aristotelischen 'Secretum secretorum', Hamburg, 1970. Présentation de l'oeuvre sur wikipedia. Voir le Dictionnaire des philosophes médiévaux.

Cet exemplaire provient de la vente Gelis-Didot du 12 avril 1897, lot 9, organisée par la librairie Théophile Belin. Sa décoration est attribuée au Maitre du Boccace de Genève :

Catalogue de manuscrits et miniatures du XIe au XVIIe siècle, ouvrages d'ornementations... estampes composant la collection de M. P. Gélis-Didot, 1897, p. 10.

François Avril, dans son étude sur "Le parcours exemplaire d'un enlumineur à la fin du XIVe s. : la carrière et l'oeuvre du Maître du Policratique de Charles V" (1) a relevé au chapitre des relations professionnelles de l'artiste, « ses liens avec les copistes des manuscrits qu'il fut amené à illustrer, liens qui, dans un cas au moins, semblent avoir débouché sur un véritable partenariat". Parmi ceux-ci figure Yvon Lomme, Et François Avril de s'interroger sur la possible "bretonnitude" du Maitre du Policratique : "Cette collaboration répétée avec des copistes d'origine bretonne tient-elle à une communauté d'origine ?"

(1) Dans Barbara Fleith & Franco Morenzoni, De la sainteté à l'hagiographie. Genèse et usage de la Légende dorée, Droz, 2001, p. 265-282.

Enfin pour clore cette notice je souhaite suggérer un petit rapprochement (qui n'est peut-être pas fondé) au sujet du patronyme même de notre scribe breton. En effet, Lomme est aussi le nom du sculpteur de Tournai (Jannin Lomme, + 1449) qui exécuta vers 1410/1420 le mausolée du roi Charles III et son épouse Éléonore de Trastámara à Pamplune. R. Couffon, spécialiste de la sculpture bretonne, avait remarqué une similitude avec le monument funéraire du connétable de Clisson et de sa femme à Josselin (Bulletin monumental, 125, 1967, p. 167-175), oeuvre qu'il attribuait également à un tombier tournaisien. C'est à Tournai que vécu initialement (au moins juqu'en 1446, comme "escripvans", et "maistre de le escripture") le prototypographe Johannes Brito (Jean Le Breton, originaire de Pipriac) dont les travaux sont bien connus. Peut-être le sculpteur était-il d'une famille bretonne Lomme installée à Tournai, à laquelle se rattache peut-être notre copiste?... Au reste ce ne serait pas le seul artisan breton ayant travaillé en Espagne. Jean Le Goas, natif de Saint-Pol de Léon (Finistère), exerça son talent à Tolède vers le milieu du XVe s. Le roi d'Espagne, Ferdinand II d'Aragon et son épouse, la reine Isabelle de Castille, lui commandèrent la construction du monastère de San Juan de los Reyes, destiné à être leur nécropole. Devenu riche bourgeois, il épouse Marina Alvarez, dont il a plusieurs enfants, et meurt à Tolède en 1496, enterré dans l'église de San Justo y Pastor.
Lorenzo Mercadante de Bretaña (+ 1480), également léonard, travailla entre1454 et 1467 à la cathédrale de Séville, où il exécuta entre autres le sépulcre du cardinal Juan de Cervantes (1453).
Sur le patronyme HOMME voir ici.


Un des "pleurants" de Pamplune (cliquer sur l'image pour agrandir)

Biblio :
Jean-Luc Deuffic, Copistes bretons du Moyen Âge (xiiie-xve siècles) : une première « handlist » …, dans Pecia, Volume 13 / 2010, p. 193, n° 184.


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